Habiter en Provence et avoir la possibilité de me délecter jour après jour
avec une nourriture parfumée à l'huile d'olive est un
privilége que la vie m'a accordée depuis le jour où j'ai
choisi d'épouser un chef de cuisine provençale.
Bien que certains attribuent l'utilisation de l'huile à
une influence Italienne, en fait, l'huile d'olive a été
une des principales bases de la cuisine à l'huile. Elle
est d'ailleurs aussi utilisée depuis près de deux
millénaires pour les lampes à huile ou encore pour
lubrifier les roues. On pense que les Grecs ont apporté
les oliviers et l'oléiculture en Provence il y a environ
2500 ans. Suivant leurs traces, les Romains ont conservé
les vergers et il est d'ailleurs très probable qu'il y
ait toujours des racines originaires de l'époque dans les collines des Alpilles.
Après le terrible gel de 1956 qui a exterminé
90 % des vergers d'oliviers en Provence, il y eu une véritable
pénurie en huile d'olive. Cependant, ce sont seulement
les parties des arbres au dessus de la terre qui ont souffertes,
les racines protégées par la terre plus chaude sont
restées viables et la majorité des vergers qui ponctuent
le paysage actuel sont des repousses de ces racines originelles.
(Notez que sur la photo ci-dessus on trouve 4 petits arbres regroupés
et taillés ensemble : tous proviennent de la même
racine originelle.)
Le gel fut catastrophique pour les exploitants oléicoles, forçant tous les moulins à huile
d'olive de la région à fermer, et rendant nécessaire
l'importation d'huile d'olive de l'Italie et de l'Espagne voisines,
et ce durant les 25 années qui suivirent jusqu'à
ce que les récoltes d'olives se soient rétablies.
C'est probablement pour cette raison que des amis et de la famille
venus visiter la Provence en 1959, ont couru se réfugier
dans les restaurants promettant de la cuisine au beurre, sentant
que c'était la seule alternative pour éviter la
cuisine à la margarine. Quelle horreur !
Heureusement, aujourd'hui ça n'est plus le cas. Cependant,
nous sentons qu'il y a un réel combat pour ramener l'authenticité
de la cuisine provençale dans les restaurants locaux.
Beaucoup de chefs s'exercent dans les traditions culinaires
parisiennes à base de beurre et de sauce à la crème,
et il y a seulement un trop petit nombre d'entre eux qui savent
vraiment cuisiner à l'huile d'olive et qui la choisissent.
Mais nous espérons qu'avec le temps ils changeront leurs habitudes.
Actuellement nous avons presque une douzaine de moulins à
huile d'olive en activité, deux moulins privés tournent
en coopérative avec les agriculteurs, ces moulins offrent
au public une huile d'excellente qualité, mais malheureusement
en quantité limitée
La Provence, et plus précisément la vallée
des Baux de Provence, est une région qui désormais
possède la convoitée AOC (appellation d'origine
contrôlée) pour son huile d'olive. C'est une huile
faite à base de 5 variétées d'olives (Pichouline,
Salonenque, Blanquette, Verdale, Grossane)
soigneusement mélangées pour augmenter la saveur
du fruit avec des notes d'artichaut, de pomme verte, de foin et
d'amande douce. L'huile d'olive AOC des Baux de Provence
a une acidité typiquement basse (autour de .05)
qui lui permet de maintenir sa fraîcheur pendant 18 mois,
c'est l'huile d'olive qui a la conservation la plus longue. Ceci
étant, rien de comparable avec la conservation du vin car
elle ne s'améliore tout de même pas avec l'âge. De plus, notez que l'huile d'olive n'aime pas la lumière
du soleil et qu'il est
préférable de la conserver dans un placard sombre
et non pas au réfrigérateur.
Lorsque nous visitons les moulins à huile d'olive, nous faisons à la fois une
excursion et une dégustation. Nous apprenons : les saisons
pour la récolte des olives, septembre et octobre pour les
olives vertes de table, novembre à début janvier
pour l'huile, ainsi que les 5 variétés et les directives
rigoureuses pour la production d'huile.
Dans beaucoup de pays où l'on cultive
l'olive, des filets sont placés en dessous des arbres et
les olives sont gaulées et après qu'elles
soient tombées, en Provence, les olives sont triées
et sélectionnées sur l'arbre, celles qui sont sur
le sol pourraient être rances ou trop mûres et ici
la saveur du fruit à une importance primordiale, même
si elle est au détriment de la quantité d'huile
produite.
Les olives sont apportées directement au moulin, pesées,
inventoriées et immédiatement envoyées
aux broyeurs et à la presse centrifuge. Ceci après
une séparation complète des tiges et des queues
et un lavage pour supprimer toute saleté résiduelle
et trace de pesticide. Les olives entrent ainsi propres et pures
dans les machines. Les noyaux sont écrasés avec
les olives, pour apporter des notes de noisette et d'amande,
ainsi que des vitamines, et après la malaxage, la pâte complète est
envoyée à la centrifugeuse pour séparer le
solide du liquide. Ensuite, c'est une autre centrifugeuse qui sépare
l'eau de l'huile. En une heure, l'huile est extraite du fruit.
L'huile exige un mélange des 5 variétés
d'olives, qui mûrissent de début
novembre à fin décembre, l'huile d'AOC est prête
pour la vente lorsque que tout a été pressé
ou vers fin janvier. Et après cela le mieux est de laisser
l'huile se reposer et arriver à maturation pendant un mois
ou deux avant la dégustation, car elle est particulièrement
troublée au début, et devient claire et à
maturité après une durée de deux mois.
Un de mes souvenirs préférés en Provence
a été d'aider une amie pour sa récolte d'olives.
Elle m'a guidée dans les profondeurs des collines des Baux,
nous avons emprunté des routes boueuses - j'ai eu besoin
d'un guide pour retrouver mon chemin au retour- jusqu'à
arriver à une petit bergerie entourée par des oliviers.
Là, balayées par le vent puissant et froid du Nord
nommé Mistral, nous avons récolté les olives
pendant des heures. Après cela l'heure du déjeuner
arriva, et là dans cette minuscule maison où manquaient
électricité et plomberie, nous avons mangé
un délicieux plat de pâtes avec de l'huile d'olive
et une pincée de sel, accompagné de
pain chaud à tremper dans la sauce et bien sûr d'un bon petit vin de pays. Tellement simple, mais tellement
délicieux.
Lorsque nous préparons la cuisine Provençale,
nous utilisons l'huile
d'olive. Nos étudiants apprennent que la Provence est une terre traditionnellement
inhospitalière pour les vaches laitières. Ici, vous rencontrerez d'importants
troupeaux de moutons et des petits troupeaux de chèvres.
Ainsi,
la tradition familiale de consommer fromages de brebis et de
chèvres est très vivace. Dans le delta camarguais et la petite Camargue au sud d'Arles, qui est réserve
nationale, on trouve les taureaux sauvages. Ils sont élevés pour les jeux camarguais et ils sont &eactue;galement
une source de viande consommée localement. Ce sont des animaux sauvages dangereux et on ne peut pas les approcher pour faire la traite !
En conclusion, bien que vous puissiez trouver du beurre dans
des recettes intitulées « Provençale »
dans les livres de cuisine écrits au siècle passé ou récents,
il s'agit de recettes « améliorées »
et non de recettes authentiques de la région. Je vous
encourage à improviser et à enlever le beurre de
la recette, oublier la crème et laissez s'exprimer la véritable
saveur à travers juste un filet d'huile d'olive fruitée.
Ci-dessous vous trouverez la recette d'une sauce aux herbes
fraîches à déguster cet été.
Régalez-vous.
Ingrédients :
2 cuillères à soupe d'Aneth frais
2 cuillères à soupe de ciboulette fraîche
1 petit oignon haché- 1 petite cuillère
2 zestes de jus de citron pour adoucir l'oignon
100 ml d'huile d'olive extra vierge pressée à froid
Sel et Poivre pour relever
Mélanger les ingrédients ensemble et placer au
frais afin que la gelée prenne avant de servir.